Esport : les priorités du gouvernement révélées par la ministre des Sports

Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie civique, a accordé une interview à L’Équipe depuis la Paris La Défense Arena – en marge du Major Rocket League – pour détailler l’engagement du gouvernement auprès de l’esport français.

Entre annonce de l’Esports World Cup à Paris cet été, stratégie 2026-2030 en cours de finalisation et polémique sur l’esport à l’école, Ferrari a posé les jalons d’une politique publique qui ambitionne de structurer la filière sans en prendre le contrôle.

Une EWC à Paris, et un rôle de facilitateur assumé

L’Esports World Cup 2026 se tiendra à Paris du 6 juillet au 23 août – une annonce faite directement par le Président de la République le 20 mai. L’événement, initialement prévu en Arabie Saoudite avant d’être relocalisé en raison du conflit au Moyen-Orient, est présenté par Ferrari comme « ce qui se rapproche le plus des Jeux olympiques de l’esport ».

Le gouvernement ne joue pas le rôle d’organisateur. Il orchestre les services de l’État – visas, sécurité, logistique – pour répondre aux demandes des organisateurs. Concrètement : l’EWC ne coûte rien à l’État français.

Ferrari compare le dispositif à l’accueil du match de NFL au Stade de France en octobre. La logique est celle du rayonnement économique, pas de l’investissement public direct.

« Ils sont traités comme des événements sportifs de premier plan. Il n’y a pas de distinguo. » – Marina Ferrari

La stratégie 2026-2030 : deux piliers, et une polémique à éteindre

La nouvelle stratégie nationale esport, qui prendra le relais du plan 2020-2025, s’articule autour de deux axes : développer la pratique avec un cadre éthique et des mesures de prévention – en lien avec le ministère de la Santé – et continuer à accueillir des événements internationaux majeurs.

C’est la continuité directe d’une politique engagée depuis la Stratégie nationale esport 2020-2025, qui avait déjà permis de faire passer le marché français de 50 M€ en 2019 à 141 M€ en 2022 selon l’Observatoire économique de l’esport.

Sur la polémique de l’esport à l’école – déclenchée par une enquête de Radio France évoquant un document validé par Matignon -, Ferrari est catégorique :

« Il n’a jamais été envisagé d’intégrer l’e-sport aux programmes de l’Éducation nationale. » – Marina Ferrari

Matignon a démenti publiquement. Ce que la stratégie prévoit réellement, c’est un meilleur encadrement des formations dans le supérieur, des contrôles d’intégrité sur les intervenants et un soutien aux jeunes talents vers le haut niveau – sur le modèle des sections sportives existantes en football ou en rugby. Pas d’initiation au pad en cours de français.

Ce que ça signifie vraiment pour l’écosystème

Le discours de Ferrari est globalement positif pour la scène française – et c’est une bonne nouvelle que l’esport soit traité à parité avec les autres sports dans les arbitrages d’accueil d’événements. Les 12 millions de pratiquants en France donnent au gouvernement une base politique solide pour justifier cet investissement institutionnel.

Mais le dossier de l’Esports Nations Cup 2026 – prévue fin d’année en Arabie Saoudite – révèle les vraies frictions. Constituer une délégation nationale unifiée, mêlant monde amateur et pro, n’a pas fonctionné. Ferrari reconnaît le problème sans l’habiller :

« Comme le consensus n’a pas été trouvé, cette organisation n’a pas pu se faire comme prévu. C’est regrettable, mais quand les conditions ne sont pas réunies, il est difficile d’imposer un cadre. »

Une équipe de France sera quand même constituée pour l’ENC – mais la difficulté à fédérer les acteurs privés et institutionnels de l’esport français autour d’un projet commun reste entière. C’est précisément le chantier que la stratégie 2026-2030 devra adresser : pas les grands événements, que la France sait accueillir, mais la gouvernance interne d’une filière encore morcelée.

La question n’est plus de savoir si l’État prend l’esport au sérieux. L’implication concrète du gouvernement dans l’organisation de l’EWC à Paris en est la preuve la plus visible. Ce qui reste à démontrer, c’est que cette volonté politique se traduira par un cadre assez solide pour que la scène française – clubs, joueurs, fédérations – en tire un bénéfice durable au-delà de l’été.

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